Russie

TOUT COMPRENDRE - En quoi consistent ces "référendums" d'annexion décidés par la Russie?

Des "référendums" d'annexion par la Russie ont débuté vendredi dans des régions d'Ukraine contrôlées entièrement ou en partie par Moscou ce vendredi 23 septembre 2022. - BFMTV

Moscou organise, dès ce vendredi, et jusqu'au 27 septembre, des "référendums" d'annexion dans quatre régions ukrainiennes. Une escalade dans le conflit, vivement dénoncée par Kiev et par la communauté internationale.

Depuis ce vendredi, et pendant les cinq prochains jours, jusqu'au 27 septembre, des "référendums" d'annexion sont organisés dans des régions d'Ukraine contrôlées, entièrement ou en partie, par la Russie.

Ces votes, sur le modèle de celui qui a formalisé l'annexion de la péninsule de Crimée, dans le sud de l'Ukraine, par la Russie en 2014, sont en préparation depuis plusieurs mois et marquent une escalade dans le conflit. Moscou va même jusqu'à agiter la menace de frappes nucléaires pour défendre "son" territoire.

• Quelles sont les régions concernées?

Alors que la Russie s'apprête à entrer dans son huitième mois de guerre contre l'Ukraine, les autorités installées par Moscou dans quatre régions du pays ont annoncé mardi la tenue, dans l'urgence, de "référendums" d'annexion.

Ces scrutins se tiendront dans les régions de Donetsk et de Louhansk, dont le président russe Vladimir Poutine a reconnu l'indépendance peu avant de lancer son offensive contre l'Ukraine, le 24 février. C'est d'ailleurs le chef du "Parlement" autoproclamé de Louhansk, Denis Mirochnitchenko qui a annoncé le premier que le scrutin aurait lieu cette semaine, avant d'être suivi du dirigeant séparatiste de Donetsk.

Deux autres régions occupées sont concernées par ces scrutins: la province de Kherson et celle de Zaporijia. Contrairement aux oblasts de Donetsk et de Louhansk, ces zones n'ont jamais été reconnues comme indépendantes par la Russie.

• Comment le vote va-t-il se dérouler?

Les votes ont débuté ce vendredi à 7h, heure française. Alors que les combats font toujours rage, et qu'une contre-offensive ukrainienne gagne du terrain, l'instance électorale des séparatistes de Donetsk a indiqué que "par souci de sécurité" le scrutin serait organisé essentiellement en porte-à-porte durant quatre jours.

Les bureaux de vote, eux, n'ouvriront que le "dernier jour", soit le 27 septembre. Au total, 450 et 461 bureaux de vote seront ouverts respectivement dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Zaporijjia en comptera 394 et la région de Kherson 198. Plus de deux millions de bulletins de vote ont d'ores et déjà été imprimés.

Plusieurs bureaux de vote ont également ouvert en Russie pour permettre le vote des "réfugiés" qui ont fui les combats, selon les agences de presse russes.

Ainsi, les résidents des régions séparatistes prorusses de Donetsk et de Louhansk, qui ont déjà proclamé leur "indépendance", doivent se prononcer sur leur désir de faire partie ou non de la Russie. Dans les régions de Kherson et de Zaporijjia, partiellement occupées par les forces russes, la question posée est la suivante: "Voulez-vous faire sécession de l'Ukraine, créer des États indépendants et faire partie de la Russie?"

• Pourquoi ces scrutins sont-ils contestés?

Ces "référendums" ne sont pas sans rappeler l'annexion de la Crimée par Moscou, en 2014, et ont été vivement critiqués par Kiev, et la communauté internationale.

Car leur issue ne fait que peu de doutes, en raison du profil biaisé des votants. Interrogé par BFMTV, Lukas Aubin, directeur de recherche à l'IRIS, estime que "la plupart des gens qui vont aller voter sont des membres, soit politiques pro-russes, ou des militaires de l'armée russe qui vont évidemment voter pour l'annexion de ces quatre régions à la Russie".

"Notre position ne change pas en fonction de ce bruit ou n'importe quelle autre annonce", a expliqué le président ukrainien Volodymyr Zelensky mardi, en appelant à "maintenir la pression" sur la Russie.

"Préservons notre unité, protégeons l'Ukraine, libérons notre terre et ne manifestons aucune faiblesse", a-t-il exhorté.

Les États-Unis ont dénoncé des "simulacres", affirmant que le pays de Joe Biden ne reconnaîtrait "jamais les prétentions de la Russie sur des parties prétendument annexées de l'Ukraine". De la même manière, la France a fustigié une "parodie", une "provocation supplémentaire" de la part de la Russie, qui "n'aura aucune conséquence sur la position qui est la nôtre".

"L'idée même d'organiser des référendums dans des régions qui ont connu la guerre, qui ont subi des bombardements est la signature du cynisme", a dénoncé Emmanuel Macron, en marge de son discours devant l'assemblée générale de l'ONU mardi.

Une condamnation internationale unanime: même la Chine, proche de Moscou, a semblé prendre ses distances après l'annonce de référendums, appelant au respect de l'intégrité territoriale des États.

• Que cela signifie-t-il pour la suite du conflit?

L'annonce précipitée mardi de ces "référendums" intervient alors que Moscou, qui s'efforce de reprendre la main en Ukraine après avoir essuyé une série de revers, a pris la décision de jeter plus de forces dans la bataille. Le président Vladimir Poutine a ainsi décrété mercredi une mobilisation partielle des Russes en âge de combattre, qui concernera au moins 300.000 personnes.

Ces "référendums" sont donc l'occasion pour le dirigeant russe "d'envoyer des conscrits, des appelés, les 300.000 qui sont sur le sol russe" dans ces territoires annexés, analyse pour BFMTV le colonel Michel Goya, consultant défense.

Par ailleurs, alors que le résultat de ces "référendums" ne fait aucun doute, dans des zones contrôlées entièrement ou partiellement par Moscou, ils annoncent une escalade dans le conflit. Si Moscou annexe officiellement ces quatre régions ukrainiennes, toute attaque directe ou indirecte contre elles équivaudrait à attaquer la Russie.

Une escalade d'autant plus importante que Vladimir Poutine continue à brandir la menace nucléaire. Accusant les Occidentaux de vouloir "détruire" la Russie, il a menacé d'avoir recours à "tous les moyens", y compris nucléaires pour défendre ce qu'il considère comme étant des territoires russes.

Fanny Rocher avec AFP