Energie

Explosion des factures d'énergie: les producteurs de fruits et légumes réclament l'aide de l'Etat

L'interprofession des fruits et légumes frais Interfel demande que la filière bénéficie d'un bouclier énergétique. Certains producteurs pourraient enregistrer une multiplication par dix de leur facture lors du renouvellement de leur contrat pour 2023.

Le ton était alarmiste lors de la conférence de presse virtuelle d'Interfel jeudi matin. L'interprofession des fruits et légumes frais souhaitait mettre la lumière sur la situation critique du secteur d'activité qui est, comme la grande majorité des autres pans de l'économie, confrontée à une explosion des factures d'énergie. "Entre un quart et un tiers des entreprises -suivant les filières concernées- pourraient être fortement impactées par ces augmentations, et risquent même de disparaître en 2023 si rien n’est fait", alerte l'organisation dans un communiqué alors que les 75.000 entreprises du secteur emploient pas moins de 450.000 personnes.

Effectivement, toutes les filières ne sont pas logées à la même enseigne. Ainsi, certains pomiculteurs voient les prix de l'électricité tripler et même multipliés "par 12 pour les entreprises ayant dû renégocier leurs contrats." La hausse est tout autant vertigineuse pour les producteurs d'endives dont les entreprises sont en renouvellement de contrat. La culture de l'endive est particulièrement exigeante en énergie en raison des contrôles de températures si bien qu'un producteur a déclaré que sa facture passait de 80.000 euros en 2021 à 800.000 euros en projection sur l'exercice 2023.

Des coupures qui peuvent être fatales

Les cultures sous serre, répandues dans les productions de tomates, concombre et fraises, sont également victimes de cette flambée des prix de l'énergie, elle qui ont recours au gaz dans trois quarts des cas. Pourtant, le secteur des fruits et légumes semble encore relativement protégé en terme de répercussion sur les prix lesquels n'ont augmenté "que" de 1,85% en août sur un an, contre une inflation globale frôlant les 6% d'après l'Insee.

Si Interfel entend la stratégie de "sobriété énergétique" qui est prônée depuis plusieurs semaines à l'approche de l'hiver, elle rappelle que certaines cultures ne peuvent se permettre de réduire leur consommation d'énergie comme celle de la banane qui est le deuxième fruit le plus consommé en France.

Si un rationnement est mis en place, et donc des coupures, l’approvisionnement du marché peut être rompu, explique l'interprofession. Pour exemple, une coupure d’électricité en mûrisserie de bananes pendant plus de 4h entraînerait la perte totale des volumes."

Une prise en charge à hauteur de 70% au-delà du doublement de la facture

Pour remédier à cette situation et sauver le secteur sans faire subir aux consommateurs une hausse des tarifs pratiqués, Interfel a formulé plusieurs propositions au gouvernement. Alors que près d'une entreprise sur quatre doit renégocier ses contrats d'ici la fin de l'année, la mesure forte soumise par Interfel est l'instauration "d'une prise en charge, a minima à hauteur de 70%, du surcoût des charges énergétiques dès lors que l’entreprise est confrontée à un doublement a minima du prix de l’énergie proposé par son fournisseur."

L'interprofession souhaite aussi exclure la filière fruits et légumes frais du dispositif de rationnement énergétique mis en place par le gouvernement afin d'éviter les incidences sur l'approvisionnement et la commercialisation des produits. Elle demande également une révision à la baisse du seuil de 3% du chiffre d'affaires de l'entreprise affecté à l'énergie comme critère d'éligibilité au versement des aides, celui-ci "ne reflétant pas toutes les situations".

Timothée Talbi