France

De combien l’inflation grignote-t-elle les salaires?

En France, les salaires continuent à augmenter moins vite que les prix. Les derniers chiffres publiées ce vendredi par la Dares montrent même que l’écart est de plus en plus important.

L'inflation grignote de plus en plus le pouvoir d'achat des salariés. Au deuxième trimestre, selon les données publiées ce vendredi par la Dares, le salaire de base (donnée qui ne prend en compte ni les primes ni les heures supplémentaires) a augmenté de 3,1%. Une moyenne qu’il convient de détailler.

Sur un an les employés et les ouvriers ont en effet vu leur salaire progresser de respectivement 3,8% et 3,3% alors que les cadres et les professions intermédiaires (commerciaux, comptables, contremaitres, infirmières, etc.) ont dû se contenter d’une augmentation moyenne de 2,4%.

La revalorisation du Smic a protégé une partie des employés et ouvriers

Mais, dans tous les cas,ces progressions sont loin de compenser la hausse des prix. La Dares souligne ainsi que le salaire mensuel de base a baissé de 2,9% sur un an, en euros constants. Et là encore quand on regarde dans le détail, la perte de pouvoir d’achat est un peu moindre pour les employés (-2,2%) et les ouvriers (-2,7%) que pour les cadres et les professions intermédiaires (-3,6%).

L’explication est simple, une bonne partie d’entre eux touchent le Smic, qui, étant indexé sur l’inflation, a augmenté de 2,2% en octobre 2021, puis de 0,9% en janvier 2022 et de 2,65% en mai dernier (l’augmentation de 2,01% du 1er août aura un effet sur le salaire moyen au 3eme trimestre). A noter qu’il manque dans tous ces chiffres les éventuelles primes accordées par les employeurs qui, dans certains cas, ont pu compenser les pertes de pouvoir d’achat.

En Allemagne, si on prend en compte l'inflation, les salaires ont baissé de 4,4%

Reste une question: les salariés pâtissent-ils plus de l’inflation que leurs voisins? On peut prendre l’exemple de l’Allemagne, le pays avec lequel la France a le plus d’échanges commerciaux. Les données publiées par l’office fédéral des statistiques, Destatis, montrent qu’au deuxième trimestre, les rémunérations (primes comprises cette fois-ci) n’avaient augmenté que de 2,9% sur un an. Et si on prend en compte l’inflation, les salaires allemands ont carrément baissé de 4,4%, donc nettement plus qu’en France.

Un tel écart peut surprendre de prime abord. L’Allemagne connaît le plein emploi, l’inflation y est plus forte que chez nous et les syndicats y sont particulièrement puissants. Mais l’explication probable tient au calendrier prévu pour l’augmentation spectaculaire du salaire minimum promise lors des dernières élections générales gagnées par le SPD. De 9,82 euros de l’heure fin juin, il passera à 12 euros le 1er octobre, soit une hausse de 22,2%! Et cette forte hausse va avoir un impact très important sur les bas salaires. De sorte que, d’ici la fin de l’année, de très nombreux salariés allemands vont bénéficier d’un important rattrapage de l’inflation.

https://twitter.com/PierreKupfermanPierre KupfermanRédacteur en chef BFM Éco